Vivre la ruralité autrement à Aspet
Et si les campagnes n’étaient pas en retard, mais simplement en avance sur le sens ?
C’est l’idée forte que défend Valérie Jousseaume dans Plouc Pride, un livre qui secoue les certitudes rurales.
“La campagne est vivante, comme lieu de vie et comme imaginaire. La pandémie de Covid-19 a encore accéléré ces tendances : vivre à la campagne serait "la" solution face aux crises sanitaires, écologiques, économiques ou sociales de nos vies citadines contemporaines. Pour aller au-delà d'un certain fantasme, Valérie Jousseaume réalise un état des lieux et remet la campagne en perspective. Elle interroge le rôle et les atouts des territoires dans la transition sociétale. Et, surtout, elle redonne aux ruraux une place d'acteurs dans ce changement de civilisation en cours. Le livre déconstruit les cadres de pensée et les vocabulaires, pour sortir la "France périphérique" du cul-de-sac intellectuel où elle se trouve.
Valérie Jousseaume est enseignante et chercheuse à l'Institut de géographie et d'aménagement de l'université de Nantes, au sein du CNRS”.
J’ai lu Plouc Pride avec intérêt.
J’ai une vision très proche de celle de Valérie Jousseaume : la ruralité peut être heureuse, et pas reléguée comme on le pense souvent. La redécouverte des territoires ruraux post-Covid a bien démontré qu’il y avait de l’intérêt à y vivre. Elle peut même être novatrice, notamment en matière de vivre ensemble. Et franchement, ça fait du bien de lire quelqu’un qui parle des campagnes autrement que comme des “zones à revitaliser”.
Mais j’avoue qu’il faut d’abord traverser quelques chapitres théoriques avant d’arriver au cœur du sujet : fallait-il vraiment se retaper toute l’histoire de l’agriculture depuis le néolithique ? Peut-être.
Disons que ça aide à mesurer le chemin parcouru… ou perdu.
Mais j’ai particulièrement accroché sur le troisième chapitre, celui qui parle du rapport entre élus et nouveaux habitants. Jousseaume y met le doigt sur une évidence que beaucoup refusent encore de voir : la majorité des élu(e)s pensent encore “équipements”, alors que les nouveaux arrivants pensent “sens”.
Les premiers raisonnent en mètres carrés, les seconds en projets de vie.
Ce décalage explique bien des frustrations locales, et une partie de l’échec du “renouveau rural” dont on nous rebat les oreilles.
Les campagnes changent, les gens changent… mais les listes électorales, elles, pas vraiment.
Si on veut éviter de reproduire à l’infini le même modèle gestionnaire (et le même ennui démocratique), il va falloir que les prochaines élections municipales et territoriales ouvrent leurs portes à d’autres profils.
Pas forcément “du coin depuis six générations”, mais capables d’amener de l’énergie, des idées, une envie de construire autrement. L’enracinement ne suffit plus : il faut du mouvement.
Et surtout, il faut de la participation. Comme le rappelle Jousseaume :
“La démocratie n’est pas un état, c’est un effort permanent de mise en lien.”
Alors oui, Plouc Pride demande un peu d’endurance avant d’arriver à ses pépites. Il est taiseux, parfois un peu répétitif. Mais le jeu en vaut la chandelle : ce livre redonne aux campagnes leur véritable rôle ; non pas celui de suiveuses, mais de pionnières du sens. Et rien que pour ça, il mérite d’être lu par tous ceux qui confondent encore “développement local” et “élargissement du parking de la mairie”.
De nombreuses interventions de Valérie Jousseaume sont disponibles sur You Tube. A regarder sans modération

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