Le patrimoine d'Aspet : une gestion de l'urgence budgétaire
Après le #2, continuons à explorer les actions de la municipalité actuelle. On peut comprendre que face à une dette aussi conséquente que celle de notre village, la volonté de ne pas la creuser, et donc de faire à minima ait servi de boussole. Mais ces choix étaient-ils les bons ? En cas de changement de liste, qu'en penseront les nouveaux élu(e)s ? Le plus lourd, en cours d'installation, c'est l'aménagement du local pour le PNR du Carré de la République. 210 000€. Mais il est largement financé dans le cadre de deux dispositifs : "Petites Villes de Demain" et "Bourg - Centre". Il y a aussi à venir le réaménagement de la rue et de la place André Bouery ; un projet majeur validé en 2025 pour un montant de 196 050,79 € TTC. Là il faut s'arrêter deux secondes sur le financement pour lequel il reste une grosse part communale. Ce qui va donc recreuser un peu la dette. Décision prise début 2025, en fin de mandat... "Cadeau" pour les suivants ?... Enfin, toujours concernant la revitalisation du centre bourg, il y a eu l'aménagement de la "zone de rencontre" de la voirie qui limite la vitesse à 20km/h ; en partie financé par une demande de financement a été spécifiquement effectuée au titre du programme des Amendes de police.
Le gros entretien du patrimoine bâti aspétois
La commune consacre une part très importante de son budget à la sauvegarde de ses bâtiments, souvent par nécessité urgente. Toitures de la gendarmerie et du bâtiment foyer/cantine, de la mairie, de la chapelle Miègecoste... Une belle opération pour les entreprises de couvreurs ! Au total 214 000€. Il y aussi, toujours concernant du patrimoine religieux, les vitraux de l'église pour 57000€ ; ce qui porte la note à presque 110 000€ pour l'entretien du patrimoine religieux.
Le cas du Tennis Club d'Aspet
Nous l'avons tous constaté, le programme "LED++" a permis la rénovation de 274 lanternes pour une économie de 71 %, avec une contribution communale de 8 229 € par an sur 12 ans. Mais dans ce programme, réalisé avec le SDEHG, l'éclairage du tennis, qui représente un investissement spécifique de 48 435 € TTC, a été repensé. Dès septembre 2023, une délibération prévoyait la rénovation du coffret de commande du complexe sportif. L'objectif technique était de permettre l'allumage des projecteurs par un interrupteur à clé, évitant ainsi d'avoir à ouvrir le coffret électrique, ce qui facilite grandement l'utilisation des courts en soirée, y compris durant les périodes où les jours raccourcissent. De fait, remplacer les anciens projecteurs par des Led semble logique. Après tout, le Tennis Club d'Aspet est très dynamique, forme des jeunes, organise des tournois réputés. Et qui ne bénéficie pas de subventions municipales exorbitantes. La modernisation de l'éclairage vise à pérenniser cette activité associative en permettant une pratique sur des plages horaires plus larges. Mais quand même... Le reste à charge pour la commune est de 21500€, encore une fois couvert par un emprunt décidé en... 2025, dernière année de mandat (bis repetita). J'ai hâte de voir le résultat financier de l'exercice 2025... De plus, il n'y a pas foule pour jouer le soir quand la nuit est tombée (ce qui correspond à des périodes qui ne sont pas estivales). C'était une priorité ? Vraiment ?...
Les outils municipaux et autres dépenses d'investissement
Le parc de véhicule a du être renouvelé, par l'achat d'un camion benne, et l'achat d'un fourgon, soit une dépense de 60 000€. Choix étonnant que celui du diesel pour ce type de véhicule... Un diesel qui ne roule pas sur de longues distances finissant toujours par tomber en panne. Et puis l'électrique ne pouvait pas être une alternative ? Il y aussi l'achat d'une tondeuse autoportée pour 20 000€. Côté informatique, son renouvellement a coûté 20 000€ aussi ; auquel il faut ajouter 6600€ de matériel numérique pour l'école Germaine Barès. Cette école a également bénéficié d'une réfection depuis longtemps attendue ; pour un coût de 56 000€. Le reste est plus anecdotique, mobiliers, signalétique, logiciels et le budget participatif dont on reparlera sûrement... Tous ces investissements font systématiquement l'objet de demandes de subventions, notamment auprès de la communauté de communes ou du département. D'après les documents budgétaires et les délibérations du conseil municipal, le taux de couverture par les subventions varie considérablement selon la nature des projets, mais la municipalité cible généralement un financement externe compris entre 50 % et 80 % pour les opérations structurantes. Il est important de noter que les plans de financement prévisionnels ne sont pas toujours confirmés. Par exemple, en 2021, l'État a refusé une subvention de 50 % (DETR) pour la rénovation de la médiathèque et du dojo, obligeant la commune à revoir son projet. En résumé, si la commune parvient à capter jusqu'à 80 % d'aides pour ses grands projets patrimoniaux, le taux global de couverture est pondéré par les achats de matériel et les imprévus techniques, pour lesquels l'autofinancement communal est majoritaire.
Bilan 2021-2025 : Aspet, une commune qui se maintient sans se réinventer
Entre 2021 et 2025, le conseil municipal n'a pas mené une politique de transformation, mais une politique de maintien sous contrainte. L’endettement élevé et la rigidité budgétaire enferment la commune dans une logique de survie patrimoniale : il ne s’agit pas d’inventer, mais d’éviter la dégradation. C'est un choix, il en existe d'autres...
Les investissements se concentrent sur l’essentiel : toitures de la mairie, de la gendarmerie, du foyer, de l’église. On répare ce qui menace de céder. C’est une gestion de l’urgence, nécessaire, mais sans effet structurant à long terme. Chaque projet un peu ambitieux dépend massivement de subventions extérieures ; la commune agit là où l’État ou la Région acceptent de financer l’essentiel. La capacité de choix est donc réduite.
Cette logique pousse naturellement les investissements vers le centre-bourg, vitrine administrative et commerciale : place, espaces publics, bâtiments stratégiques. Le cœur est soigné, les marges beaucoup moins et la propreté des rues devient préoccupante... Et quid de la fin d'installation du réseau d'égout prévu rue du Carillon ?
Les angles morts sont nets. Le logement communal est sacrifié faute de moyens : on vend plutôt que de rénover, ce qui réduit durablement la maîtrise publique du logement. Les hameaux et quartiers périphériques ne bénéficient que d’interventions mineures, sans vision d’ensemble. À Sarradère, à Girosp, à Gouillou, on entretient, on sécurise, on répond au minimum. Un poteau repeint, un radar pédagogique, un signal envoyé. Pas de projet structurant, pas de vision d’ensemble. D’ailleurs, les habitants le disent : ils ont réclamé, récemment encore. Sans surprise. Quant à la jeunesse, hors temps scolaire, elle reste peu concernée par les investissements, et les rares projets émergent souvent en dehors de la planification initiale, et ne correspond même pas aux attentes. Quant à l’innovation sociale, elle demeure marginale, au profit d’une revitalisation surtout minérale et institutionnelle.
Au fond, Aspet se comporte comme quelqu’un qui consacre l’essentiel de son salaire à rembourser son prêt immobilier et réparer sa maison. Le toit est solide, la façade tient la route. Mais il ne reste plus grand-chose pour inviter du monde, voyager, inventer d’autres manières de vivre ensemble. La commune survit, se protège, se maintient. Elle ne renonce pas. Mais elle n’a, pour l’instant, ni l’élan ni les moyens de se réinventer pleinement. Et ne semble pas percevoir ses propres atouts...
La question qui flotte, en arrière-plan, est simple et un peu inconfortable : combien de temps peut-on entretenir une maison sans jamais pouvoir y changer la vie à l’intérieur ? Et ce n'est pas le début de programme présenté récemment par le premier adjoint actuel qui donne envie. Cela fera l'objet du prochain article...

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