Aspet, liens & solidarité
Ça y est, nous voilà en présence de deux listes pour les élections municipales. Après celle menée par Patrick Barès (actuel premier adjoint et vice-président à la Communauté de Communes), voici celle menée par Myriam Delmas : « Aspet, Liens et Solidarité ». Cette équipe dispose désormais d'un site Internet où son programme est détaillé.
En résumé, il s'agit d'un collectif qui met en avant une équipe pluridisciplinaire unissant l’expérience des natifs à la vision fraîche des nouveaux arrivants. Leur objectif : dynamiser le village à travers un projet de solidarité intergénérationnelle, tout en s'appuyant sur des valeurs de travail et de responsabilité. Le site sert de manifeste politique visant à rassembler les citoyens autour d’un avenir commun. Et honnêtement, c’est plutôt intéressant ; mais...
Cette fois, on va prendre une vieille recette (thèse, antithèse, synthèse) pour se faire une idée des forces et faiblesses de cette seconde liste. Une troisième devrait arriver, mais je crois savoir qu’ils n’ont pas encore réuni tous les colistiers.
Thèse : Les atouts d'un équilibre entre expertise et proximité
L’équipe de Myriam Delmas présente des points forts reposant sur un mélange de compétences techniques et d’ancrage local :
Une expertise professionnelle diversifiée : La liste rassemble des profils variés : droit, gestion des ressources humaines, santé, entrepreneuriat, industrie pétrolière et énergies renouvelables. Cette diversité leur permet de revendiquer une réelle capacité à gérer des dossiers complexes (financement, organisation, urbanisme). Cela dit, la liste de Patrick Barès est tout aussi variée.
Un ancrage profond dans le quotidien : De nombreux candidats exercent des professions en contact direct avec la population (infirmière libérale, taxi, commerçante, ambulancière), ce qui leur confère une connaissance fine du terrain. Myriam Delmas elle-même, issue du secteur social et figure historique d'une boulangerie familiale, incarne cette proximité. Et contrairement au maire actuel, elle sera plus disponible.
Un équilibre entre continuité et renouveau : La présence de quatre élus d'expérience (Yann Bruzzo, Christine Labelle, Pierre Daffos et Elia Ruau) assure une certaine mémoire des dossiers, tandis que l’intégration de nouveaux arrivants apporte un regard neuf. On notera toutefois qu’une des élues de cette équipe a parfois brillé par son absence en conseil municipal lors du mandat actuel.
Une forte dimension humaine : Le projet place la solidarité intergénérationnelle et le soutien massif au tissu associatif, considéré comme le poumon du village, au cœur de ses priorités.
Antithèse : Les réalités structurelles comme freins potentiels
Malgré ses forces, la liste doit faire face à des enjeux qui pourraient constituer de sérieux obstacles :
L'enjeu générationnel : Avec une moyenne d’âge estimée à 53 ans et plusieurs retraités, l’équipe pourrait paraître éloignée des préoccupations immédiates des plus jeunes (la liste de Patrick Barès affiche une moyenne légèrement inférieure à 50 ans, dont la benjamine a 28 ans).
Le défi de l’intercommunalité : La volonté de se « confronter » si nécessaire avec la Communauté de Communes (Cagire Garonne Salat) pour défendre Aspet est une stratégie ambitieuse, mais politiquement risquée. Aspet ne compte qu’une voix sur 55. Pour que cette posture ne devienne pas un isolement contre-productif, il faudra imaginer des alliances avec les autres villages du sud du territoire. Un sacré défi diplomatique.
Le poids des infrastructures et de la dette : L’équipe hérite de problèmes structurels lourds : réseaux d’eau anciens, station d’épuration sous-dimensionnée et absence de PLU. Surtout, avec une dette par habitant très supérieure à la moyenne, la marge de manœuvre budgétaire est quasi nulle. Les projets « rayonnants » (salle des fêtes, festivals) dépendront entièrement de la capacité à capter des subventions extérieures massives.
Le risque de dispersion : Entre la gestion des « petites choses » (ampoules, propreté) et les « grands projets », l’équipe devra veiller à ne pas s’épuiser. Promettre de tout réparer quand les caisses sont vides est un pari audacieux.
Synthèse : Une "proximité opérationnelle" à l'épreuve du réel
La liste « Aspet, Liens et Solidarité » se définit par ce que l'on pourrait qualifier de proximité opérationnelle. Leur conviction ? Le lien social ne peut fonctionner sans une rigueur de gestion. Ils se présentent comme des facilitateurs capables de remettre l’humain au centre de la décision.
Pourtant, à la lecture du site de campagne, un paradoxe apparaît. Le contraste est marqué entre la profession de foi de Myriam Delmas, très bienveillante, et la volonté de "rugosité" face aux instances intercommunales. Qui jouera quel rôle ? Il faudra trouver le ton juste pour ne pas être perçus comme de simples "contestataires" à la Com' Com'.
Enfin, il y a un sujet qui me tient à cœur : la démocratie participative. Le programme prône une "mairie ouverte où chacun peut être entendu", et certains colistiers, notamment Yann Bruzzo, y sont très attachés. Mais concrètement, quels outils ? Sans budget participatif, sans commissions extra-municipales ou sans formation du personnel de mairie à ces nouvelles méthodes, la promesse de dialogue risque de partir en live rapidement...
En conclusion, si ce programme est séduisant par son humanité, il reste un défi immense : transformer cette sincérité en une force de gestion capable de braver la réalité financière d'Aspet et les rapports de force politiques du territoire. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient... à moins que la méthode de travail collectif annoncée ne vienne bousculer les habitudes.

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